26 janv. 2015

Stage au pays de Sigur Rós par Candice

Anda Inn Anda fár

Une inspiration, un rêve, je ne sais pas quoi mais quelque chose me dit qu'il faut que je parte en Islande… Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment, mais il faut que j'y aille. Après beaucoup de recherches et beaucoup de négociations, le billet d'avion est enfin réservé, ça y est, je pars.

L'oiseau de fer m'a transporté pendant des heures jusque sur ce bout de terre vide en plein milieu d'un océan glacial. Je sors. Première bouffée d'air. Je chancelle. Jamais, jamais, je n'ai respiré un air comme celui-la. Il sent l'eau. C'est inexplicable. L'air sent l'eau et la roche, froide, noire, glaciale. C'est un jeune garçon qui vient chercher mes valises. Il est d'une blancheur extrême, presque transparent et ses yeux d'un bleu que je n'ai jamais vu. Il a cet air paradoxal, extrêmement fragile, et en même temps, une force colossale l'anime. Il ne marche pas, il flotte. Un elfe. "Takk Fyrir" me dit-il droit dans les yeux. Oui, j'ai changé de monde.

Je vais passer deux mois sur cette terre, et je ne sais pas encore que l'environnement gelé de ce nouveau monde va céder sous le poids de la chaleur des gens et la richesse de mes journées. Je rencontre mes nouveaux maîtres de stage, Ármann et Brynhildur. Ils deviendront mes références, mes passe-droits, mes guides et surtout, mes amis. Je découvre le lieu où je vais vivre. L'endroit est parfait. Sans le savoir, j'ai décidé de vivre aux pieds de la cathédrale de Reykjavik, que je vois toute entière par une fenêtre. Je rentre dans ma chambre. La vue me coupe le souffle. Derrière l'immense plaque de verre, je vois la ville, les toits colorés, plus loin, la mer, le fjörd qui rentre lentement dans la baie, les bateaux, et derrière, énorme, gigantesque, la montagne, les neiges éternelles, à perte de vue. Le temps vient de s'arrêter.

Les premiers jours sont magiques. Je traverse les champs de lave, les immenses espaces désolés, je vois les sources chaudes, les fumées qui sortent frénétiquement de la terre, les geysers, les cascades... Les paysages sont incroyables, irréels, lunaires. Ils explosent, se figent, se déplacent, se fracassent puis se taisent. J'ai l'impression d'être à l'aube du monde.

Je commence à découvrir ma nouvelle vie reykjane. Je travaille pour les musées nationaux, des expositions, des artistes, des photographes, des magazines. C'est très enrichissant. Ici, les gens ont une autre vision du design. Il est omniprésent. Dans les rues, les maisons sont de toutes les couleurs et partout, de grandes fresques rythment les balades. Les design shops et les galeries sont plus communes que les fringues. Le soir, la musique entre partout, dans les bars et les salles de concerts mais aussi les restaurants, les magasins, les hôtels, … Tout ici, respire la création.

Les jours se succèdent, je ne vois pas le temps passer et je ne me rend pas compte que la nuit est de plus en plus longue. Jusqu'à un matin où à 10h, il fait nuit noire. L'aube s'étire, dure des heures, il ne fait pas jour avant midi. Le soleil n'est jamais au zénith, il est rasant. D'immenses ombres se dessinent sur le sol recouvert de glace. Un peu avant 15h, le crépuscule s'installe et le pays descend lentement vers la nuit polaire. Un soir, après un concert, je rentre chez moi par les rues gelées. Je lève les yeux. Ca y est, mon rêve se réalise. Elle est là, mouvante, évanescente, irradiante, l'aurore boréale. Les lumières célestes dansent au dessus de ma tête, disparaissent, changent de forme. Je suis émerveillée. Arrivée chez moi, je passe des heures à la fenêtre à regarder le ciel en écoutant Sigur Rós. L'instant est cosmique. Je déplace même mon lit pour pouvoir regarder dehors en m'endormant.

Je me sens vraiment bien dans cette nouvelle vie, mais soudain, alors que je commence à peine à prendre mes habitudes, c'est la veille du départ. Au revoir tragique à mes amis et mes collègues dans les larmes. Ils ne se rendent pas compte qu'ils ont changé ma vie. C'est le moment le plus dur du voyage. Même le départ à l'aéroport avec mes sacs dans le blizzard à trois heures du matin sous -12° n'est rien a côté du séisme qui s'est produit en mon intérieur. Je prends le bus et traverse les mêmes champs de lave, cette fois, enfouis sous des mètres de neige. Tout est silencieux. Là ! Je viens de croiser un renard polaire !

Après des heures de retard dûes à la météo, l'avion décolle. J'ai l'impression que peu à peu, on me ramène à la réalité. Je retrouve tout, mes parents, mon frère adoré, les gens qui m'attendaient, ma maison,… Mais je suis restée là-bas. Une partie de moi est avec Brynhildur, Ragga, Linda, Ármann, Olafùr, Snaebjörn et Rosie, dans la glace.

Je réalise en écrivant ces lignes à quel point un voyage, même court comme le mien, peut transformer une vie. Ce stage n'était pas seulement une expérience professionnelle enrichissante, c'était une transformation humaine. Les Anciens disent "Un grand voyage commence toujours par un petit pas." J'ai vécu une expérience formidable quand j'ai décidé de partir et il est évident qu'entre l'Islande et moi, tout vient juste de commencer.

La seule chose qui importe aujourd'hui est de remercier. Merci, merci à tout ceux qui m'ont permis de faire ce voyage.

Takk Fyrir, Bless bless, Candice.
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